Petit Coeur a mal au coeur

Il était une fois un petit coeur qui avait mal au coeur. Étrange, me direz-vous ! Sans doute… allons donc découvrir pourquoi…


Ce petit cœur voyait bien qu’il avait deux jolies oreillettes qui fonctionnaient parfaitement en recevant tous les petits potins, secrets ou boucans de ses organes voisins.


Il voyait bien aussi qu’il avait deux ventricules bien musclés, qui lui permettaient de rire… même parfois à se les déboutonner ! Il se sentait bien relié aussi, avec toutes ses veines et artères qui, comme une sacrée chevelure, ondulaient souplement depuis ses oreillettes jusqu’au tréfonds de ses multiples étoffes charnelles.


Il avait également la sensation d’avoir la tête bien posée sur ses épaules et que ses valves agissaient efficacement en lui faisant accomplir son rôle de pompe, régulière et bien rythmée.


Il se sentait enfin comme protégé par sa fine peau, qui tel un papyrus aux lamelles entrecroisées, lui transmettait la sagesse par l’enveloppement de ses feuillets.


Mais ce petit cœur avait mal, toujours mal… au cœur.

Alors il cherchait, il scrutait, restait aux aguets de ses plus fins ressentis. Pour lui, cela ne pouvait venir que d’un seul endroit : la cloison.

Cette cloison, là, au milieu, comme un mur infranchissable, pareil à celui de Berlin, empêchait quelque chose d’aller bien. Était-ce au niveau de la communication ? Pourtant, pour que les mots soient clairs, ils avaient besoin d’être triés, choisis, placés au meilleur endroit, diffusé dans le bon réseau… et la cloison s’y employait fort bien.


Était-ce parce qu’elle était contrariée par quelque chose ?

Dans un élan de folie imaginaire, le petit cœur se résolut à aller le lui demander directement. Il s’adressa à elle en ces termes :

« Dis, Cloison, toi qui es là, tout au creux de moi, y a-t-il quelque chose qui te chiffonne ? »

En écoutant la réponse, le petit cœur n’en crut pas ses oreillettes ! La cloison, ravie que pour une fois on s’intéressât à son avis, lui répondit tout de go et assez courroucée :


« Oui. Je ne sais pas qui a eu l’idée de m’appeler « Septum » ; comme si je devais avoir la force de sept hommes… alors que ce n’est pas ça du tout, du tout, du tout !

Je ne suis pas là pour manifester une virilité dont on m’a baptisée sans réfléchir. Car je suis comme une cicatrice entre deux petites carpelles, deux petits bouts de femmes qui se sont réunies d’âme à âme et de corps à corps pour me donner forme !

De plus, je devrais être la seule à m’appeler ainsi ; parce que des « Septum », il y en a d’autres et j’ai tendance à me confondre toujours avec eux.

Prends celui du nez par exemple. On croit qu’on peut le percer ; et bien, chaque fois qu’on y met un anneau, moi, je saigne à l’intérieur. Ça me rappelle le temps où le foramen était encore ouvert… et alors, je m’essouffle, ça m’angoisse et toi, tu n’arrives plus à respirer !


Et puis, il y a celui du cerveau aussi. S’il est trop excité, parce qu’il se sent en danger ou en manque de tendresse, moi je m’emballe avec lui et je deviens si tendue que je gêne les ventricules qui finissent par ne plus pouvoir pomper en rythme !


Non, ce n’est plus vivable. Je veux un nom à moi, et rien qu’à moi toute seule. Le nom qui reconnaisse que les petits ventres de femmes, une fois reliés, peuvent vivre joyeusement, parler rigolotement avec les voisins et leur adresser des messages tout justes faits pour eux. »


« D’accord, d’accord » dit le petit cœur à la cloison. « Et quel nom voudrais-tu porter alors ? » « Je ne sais pas encore, lui répliqua la paroi. J’ai besoin qu’on y réfléchisse ensemble car ce nom doit te convenir aussi puisque c’est toi qui va le prononcer. » Le petit cœur et son petit mur prirent donc congé et rendez-vous en même temps, le temps de laisser mûrir un nouveau nom plus singulier, plus féminin, plus solidaire, plus reconnaissant, plus satisfaisant, plus riant, plus reliant.


Et plus, plus, plus, Hourra ! Un nouveau nom bientôt viendra Et plus, plus, plus, Hourra ! Le petit cœur tout joyeux battra.

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