Petit Panda Particulier


Il était une fois un Petit Panda Particulier, très particulier même. Il n’était pas né comme les autres avec des taches sur son pelage bien distinctes. Ici du noir et là, du blanc. Non. Il était né avec un pelage tout emmêlé dans ses couleurs. Le noir se mêlait au blanc et le blanc se mêlait au noir. Tout ce méli-mélo donnait l’impression d’un gris vague, indéfini, où son regard pourtant aiguisé ne pouvait se fixer sur rien de spécifique. Le regard des autres aussi glissait sur son gris au point qu’ils ne le voyaient même plus lui, et lui-même en était arrivé à ne plus pouvoir se voir, et même à se détester.


Un jour, dans le désir de se reconnaître et de voir jusqu’où son corps pouvait bien aller, il décida d’appeler l’aide d’une couleur. Le bleu, novice, toujours prêt à faire des expériences, et d’un caractère coulant comme l’eau, proposa ses services. Petit Panda pendant un temps s’habilla donc de bleu. Il se montra ainsi aux autres, sous ce nouveau jour de « Panda Bleu ». Mais voilà que l’esprit espiègle de la couleur naïve prit le dessus ; et « Panda Bleu » commença à faire des tours tellement pendables et des jeux de mots –vous l’aurez compris- tellement hasardeux qu’il se trouva bientôt pris au piège de ce lien avec le bleu, coulant comme un nœud voulant se glisser autour de son cou. Petit Panda comprit assez vite qu’il s’agissait là d’un secours peut-être généreux mais pernicieux et avisa un changement.


Il se mit à réfléchir patiemment et longuement et opta finalement pour tirer parti de sa couleur naturelle, le gris. Ce gris profond, argenté, se nuançant au gré de la lumière, un gris beau comme le plomb. Petit Panda commença donc à se présenter sous ce nouveau jour de « Panda Plomb ». Il fut bien content les premiers temps. Il semblait enfin visible. Sa nouvelle apparence ayant plus d’a-plomb semblait être remarquée. Il entendait des petites phrases plaisantes : « Ah ! Tu es là, toi ? » « Oh ! Pardon ! je ne t’avais pas vu ! » « Mazette ! Que fais-tu là ? ». Cependant, il avait la sensation qu’une fois la surprise passée, il n’y avait autour de lui que désagrément et grommèlement, comme si le fait qu’il soit simplement là, juste par sa couleur, devenait dérangeant. Ce gris plomb peut-être avait-il un effet… plombant ? rappelant à l’existence les moments de fadeur, de brouhaha d’affluences, de confusion d’influences, d’inertie de confluence… trop denses et avec trop d’anses qu’on finit pas ne plus savoir à laquelle s’accrocher ? Bientôt Panda Plomb en eut assez de susciter autant de contradictions et de recevoir du plomb dans l’aile à cause de ce gris ramenant autrui à ses propres blessures. Il convint assez vite avec lui-même qu’il lui fallait encore changer d’apparence.


Petit Panda avait vaguement ouï dire que par l’Alchimie il pourrait éventuellement transformer en or cette couleur de plomb. Il lui fallait vraiment en finir avec cette dernière : elle lui avait menti par sa nature car nature-elle-ment, il s’était laissé aveugler par sa prétendue qualité de poids, stabilité et qualité de présence. Il se dit donc : « Ma foi, jamais deux sans trois. C’est par l’expérience que l’on apprend » et il s’immergea progressivement dans ce monde secret qui promettait de lui donner la clé du bonheur de voir et d’être vu. Et effectivement, sans trop de délai, un or délicat amena ses petits reflets pailletés et se déposa ici et là, léger, fin, insaisissable. Petit Panda tout joyeux se laissa saupoudrer de ces étincelles ensoleillées. D’ailleurs, pour pouvoir mieux accueillir toutes ses parcelles de brillance, il offrit même de laisser une partie de lui-même et de ses sens. Se coupant une oreille, il laissa s’éloigner un « a » de son nom, devint un peu sourd et se transforma ainsi en un nouveau « Pandor » tout beau, tout neuf. Avec cette nouvelle carte de visite, il put faire de très belles et délicieuses rencontres. Des êtres qui lui ressemblaient un peu. Des êtres enthousiastes, créatifs, qui avaient envie et détermination pour faire devenir leur rêve réalité. Tous avaient cette même force de savoir ou d’avoir appris à contourner ou dépasser les obstacles avec persévérance. « Pandor » commençait à éprouver une forme d’aise à occuper un espace avec aisance. Il avait le sentiment qu'il faisait bien de s'y accrocher et commençait à croire à cette forme d'appartenance. Il se trouvait donc là parmi des créateurs de boîtes. Qui dit « boîte », dit « contour », dit « ouverture »-« fermeture », dit « emballage », dit « contenant pour un contenu choisi ». Petit Pand’ commençait à sentir son cœur s’animer ; Pandor lui permettait de se montrer et d’être apprécié. Nous aurions pu laisser là notre ami Pand’ qui n’était plus tout à fait lui-même et à sa satisfaction d’explorer et découvrir quoi inclure dans sa malle aux trésors. Mais le destin en décida autrement.


Les Dieux commencèrent à s’inquiéter de la curiosité de ce Petit Pand’, visiblement prêt à bien des sacrifices, et qui pragmatiquement expérimentait les choses et les événements selon le critère de ce qui semblait être pour lui la vérité. Ils se mirent à craindre qu’il ne découvre la grande supercherie du Veau d’Or et ils glissèrent perfidement dans le cours de ses jours une subtile malédiction. « Pandor » dont la quête devenait fiévreuse tomba un jour sur cette boîte ensorcelée et fut pris dans les inextricables et interminables filets de cette inhumanité. Il commença à lutter, d’abord avec force. Il déployait tout ce dont il pouvait disposer de capacité de détermination et d’opiniâtreté. La tâche, hélas, le dépassait largement en taille et l’énergie à sa portée dans sa solitude s’amenuisait progressivement et inexorablement. Il était là presque agonisant, à moitié étouffé dans les mailles de cette nasse enroulées autour de son cou. Dans une expression de dépit il s’adressa aux Dieux : « Pourquoi Diable avez-vous transformé ma vie en Pandémonium ? Que vous ai-je donc fait ? Mes questions étaient-elles donc si ajustées qu’elles allaient démasquer votre immonde mensonge ? Est-ce pour cela que vous avez créé les dogmes, les codes, les prêtres et les militaires ? Pour les cas limites taire ? Effacer les limites-terre et imposer vos propres frontières ? Que seriez-vous effectivement vous si à notre tour nous vous mettions en boîte ? Vous perdriez sûrement cet humour avec lequel vous nous réduisez à subir votre idéal asservissant et illusoire ! Je refuse de participer à votre Création, vide de sens et vide de cœur ! À partir d’aujourd’hui, je m’emploierai à voir, et à voir encore et encore dans vos obscurs desseins afin de les défaire à temps et de protéger ainsi les êtres sur Terre de vos guerres, vos foudres, vos vengeances et vos manigances ! À partir d’aujourd’hui, je récupère ma lettre, ma noblesse, mes sens et je m’allie avec le peuple des Chouettes. Désormais, je suis « Panda Chouette » »

Fort de cette affirmation, « Panda Chouette » poursuivit son chemin. Il choisit de pratiquer la pandiculation chaque matin car elle lui garantissait d’ouvrir ses beaux yeux pétillants de vie dans la détente et la disponibilité pour chaque journée. Son identité resta pleine, stable et intègre et son existence suivit une ligne souple, harmonieuse qui épousait avec sagesse et douceur les aléas de la vie. Grâce à elle, « Panda-Chouette » rebondissait sur les circonstances avec ressort et partageait avec générosité sa créativité riche, contagieuse et épanouissante. « Panda-Chouette » remerciait aussi à chaque réveil du plus profond de son cœur la sagacité de ses grands yeux et l’insolite de son pelage de l’avoir conduit dans tous ces dédales et de l’avoir aidé à trouver l’élan et les bons mots pour à la plume écrire une chouette histoire.

31 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout