Vacances de rêve


Yvette ne pouvait pas partir en vacances ; et cela ne lui manquait pas. Elle voyait bien passer toutes les publicités à la télé ou sur son portable, d’avions qui décollent vers des destinations exotiques et dépaysantes… mais cela ne la faisait pas spécialement rêver.

Car elle vivait ... son rêve, un peu chaque jour, dans son quotidien. Souvent, elle s’asseyait au pied de sa fenêtre et se mettait à regarder le ciel. Ce ciel qui un jour avait inspiré un jeune Signol, si fort… qu’il en avait abandonné le travail de la terre pour se rapprocher de l’azur envoûtant, en grimpant sur les échafaudages que lui offrirait son métier de maçon. Combien sont-ils comme ce jeune, à regarder plus haut, et à viser le Ciel chacun à sa manière ? Yvette, elle, prenait plaisir à jouer avec les nuages et les formes diverses que la brise et les courants vaporeux sculptaient sur eux. Elle venait de voir un lézard, et sa vision aussitôt l’emmena dans la garrigue, au milieu des thyms, des sarriettes, du calcaire blanc et friable, et des cigales. Elle s’endormit presque, bercée par le crissement monotone des ailes vibrant lourdement sous l’onde de chaleur parfumée des herbes de Provence. Quand elle rouvrit les yeux, à moitié assoupie, le lézard s’était carapaté et une mer crémeuse, onctueuse comme l’écume des vagues salées de l’océan l’avait remplacé.

L’ondulation des palmes du cocotier voisin la transporta vers les plages de la méditerranée où le soir tombé, les familles promènent alanguies, dégustant glace, gaufre, cocktail ou sangria, choisissant un bijou à l’étal ambulant de l’artisan commerçant, admirant l’habile coup de crayon du caricaturier accentuant menton, nez ou arcades, contemplant admiratives le rayon vert sur l’horizon couchant.

Le soleil réapparut de derrière les nuages et vint éblouir le visage d’Yvette. La façade blanche, réverbérante, du bâtiment des bureaux d’en face, couverte des boîtiers d’air conditionné pareils à des pustules d’acné proliférant, lui fit ressentir la pénombre et la fraîcheur entretenue dans les boxes de travail, moquettés et feutrés. Un frisson la fit frémir et elle se surprit alors à regarder au travers des carreaux de la vieille ferme, en ces après-midis d’été où la chaleur étouffante s’était transformée d’un seul coup de tonnerre en un espace ouvert dans le temps, une brèche où l’eau pouvait s’infiltrer, retrouver sa place, et abreuver les gosiers, les plants et les sols assoiffés. Non, Yvette n’avait pas besoin de partir en vacances ; son imaginaire lui suffisait.




Sophie Bédourède www.unechouettehistoire-64.com


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